D’où vient le nom de Lami ou Lamin ?

Très tôt les chercheurs (Azkue, Michel...) s’accordèrent à dire que ce nom provenait du grec par l’intermédiaire du latin. Et pourtant ! Nos Lamin n’ont pas grand chose à voir avec ces êtres du monde méditerranéen.

Quelques rares marginaux proposèrent une origine locale mais mal assurée (Chaho par exemple).

La Lamin « d’origine gréco-latine » ?

Grèce : à l’origine du mythe c’est une jolie femme amante de Zeus. Elle eut des enfants avec lui, mais son épouse Herda, jalouse, les fit mourir. Depuis, elle devint une mère dénaturée, un monstre lié à la mer et qui fait peur aux enfants. Les récits la chargent : c’est une femme, de grande corpulence ; elle est gloutonne ; elle boit du sang ; elles sont sales, stupides ; elle vit en compagnie des dragons ; on lui attribue la mort des enfants ; on la rencontre dans des endroits inhabités comme les déserts et les grottes. Elle attire à elle par le charme, le chant.

Elle revêt plusieurs formes selon les cultures :

En Lybie (selon Euripide) c’est une reine qui vit dans une grotte et qui est redoutable par le charme qu’elle exerce sur les humains,

Pour les latins c’est Lame, la femme oiseau ou harpie (représentée sur des mosaïques), que le christianisme assimilera au démon.

Le christianisme antérieur au XIIe siècle représente ces harpies, ces femmes oiseaux. Bien que oiseau griffu, cette entité agit en mer.

En effet, une confusion s’introduit alors avec les sirènes qui chantent et qui charment les navigateurs. Le Liber monstrorum médiéval la décrit comme étant « des jeunes filles de la mer [jusqu’au] nombril elles sont semblables au corps d’une vierge et au genre humain, mais elle possèdent une queue de poisson couverte d’écailles ».

Au cours du XIIe siècle, après avoir cohabité un certain temps, la harpie s’effacera devant l’image de la femme poisson à double queue, qui deviendra l’un des thèmes favori des sculpteurs romans et de leurs successeurs. Image du péché, par son geste impudique elle évoque la prostitution ; le peigne et le miroir qui lui sont associées vont dans le même sens en suggérant la tentation, la provocation, la séduction, le vice et la pécheresse.

A partir du Au XVe siècle

E. Topsell (environ 1572-1638): The history of four-footed beasts. On note l’aspect féminin mais de fait hermaphrodite, de ce LAMIA

Au XVe siècle, un grand ouvrage sur la sorcellerie (De Lamiis, de Molitor) utilise le terme de Lamie pour désigner une sorcière à la fois corruptrice et sensuelle. A ces époques, qui correspondent à une remise à l’honneur des mythes anciens, ce personnage fut régulièrement assimilé au démon et présenté sous forme d’hermaphrodite mais surtout de femme.

Puis elle devint liée au démon et, sur la côte surtout, la sirène, la séductrice. Elle figure sur de nombreux blason

Dans son fameux livre de 1613, le Conseiller au Parlement de Bordeaux, le sanglant juge de Lancre (et même de l’encre la plus noire et poisseuse, il a torturé et brûlé quantité de Basques du Labourd y compris des prêtres), parle des Lamies que cite le prophète Isaïe (les traductions modernes ont changé ce nom) ; il y voit le démon : « l’ancienneté croyait que c’étaient des bêtes sauvages ayant le visage d’une très belle femme, le regard gracieux et attrayant, le sein et le corps beau et au surplus serpents, découvrant leurs tétins et leur estomac pour attirer les hommes, lesquels s’approchant étaient aussitôt dévorés par ces fées ».

En résumé

Autrement dit, il y eut des Lamias. Manifestement les lamiñ basques n’ont rien à voir avec cet ensemble ; ils n’ont en commun avec lui que le nom. Est-ce fortuit ? Beaucoup pensent que non.... Mais alors comment expliquer que l’on ait pu donner le nom de cette divinité à une divinité indigène qui n’en a qu’en partie l’apparence ? Il faut regarder ailleurs.