Coup d’oeil sur les Hadas et autres « fées » du domaine pyrénéen

Gratacos

Cet auteur donne l’analyse la plus éclairante et la plus approfondie sur ce thème.

« Era hadas ! Elles avaient des pattes d’oie [...] c’étaient des petites gens, d’accord, mais comme nous », ce thème mythique est le mieux connu de toutes les classes d’âge interrogées (p. 25).

« Si l’on ne retient que les apports communs à tous les informateurs, on obtient donc un segment de base suivant : des êtres de petite taille ont vécu dans une grotte située à au moins 250 mètres et à 1.5 kilomètre au plus de la dernière maison du village ou d’un hameau. L’entrée de la cavité n’est jamais visible depuis ce groupe de maisons. Non seulement les êtres souterrains n’étaient pas méchants (mashants) mais encore ils étaient souvent bénéfiques ... Pourtant craintifs, ils fuyaient quand on les approchait » (p. 27). Ce sont des êtres qui sont toujours féminins (p. 34).

« L’unanimité est totale [...] les hadas sont des être exclusivement cavernicoles » (p. 29). L’auteur donne la liste des grottes habitées. Puis, après de longues enquêtes, elle établit que les tutas deras hadas [les grottes aux lamin] ont été habitées aux temps préhistoriques et/ou protohistoriques (p ; 46). C’est ainsi qu’il existe un lien mythe-préhistoire, parfois réactivé par une pratique, ou par des cultes chrétiens (en particulier Marial).

Ces grottes, qui cristallisent des mythes, ont probablement aidé à mettre en forme des communautés les plus anciennes (des « bassins de vie », vallées, etc.). Le chapitre II de son ouvrage constitue un apport essentiel dans le couplage entre imaginaire et cadre de vie dans les Pyrénées « traditionnelles ».

O De Marliave

« Ces génies aux pieds palmés vivent souvent aux abords de mégalithes, sur les rives de torrents ou dans des grottes » (Petit dictionnaire...).

« Dans cette partie du Comminges, les Hados descendraient, selon les légendes, des « esprits qui n’ont pas voulu choisir ni pour le Bien ni pour le Mal » Mais Dieu les a punis en les transformant en êtres mi-anges, mi-serpents, condamnés à habiter les pierres ». (p. 245)

« Tout au long de la chaîne, les pieds d’oie, de canard ou simplement espalmats (palmés) forment dans les contes de fées une constante avec quelques variantes. Ainsi dans le Couserans, les Encantados laissaient derrière elles des traces, comme des feuilles de platane ou d’érable et le fait d’y poser le pied dessus ferait mourir un chrétien ! » (p ; 255)

« Dans les Pyrénées, ils sont légion ces hommes séduits par une fée, mais incapable de garder leur secret, peut-être trop lourd à porter ». Dans le conte de Pierrot d’Ourdas, un jeune paysan ariégeois épousa une des fées de la grotte de Malarnaut. Il dut faire le serment de ne jamais dévoiler que sa femme avait les pieds palmés. Mais un jour, pris de boisson, il la traita de Pé d’Auco et elle disparut. De dépit, il fit un grand feu devant la grotte et les fées disparurent (p. 256)

Félix Arnaudin

Dans les Contes populaires de la Grande Lande, cet auteur rapporte le récit intitulé Le hade et le Gouye. Il met en scène une fée près d’une fontaine ; elle est «bien coiffée ». Elle donne tous les jours des louis d’or à l’héroïne, sous la promesse qu’elle garde un secret. Mais cette dernière rompt le serment et les louis se transforment en feuilles de vergne.

Dans le conte Les hades é lous dus rays Deux frères passent devant une fontaine où ils voient « deux petites femmes vêtues de robes brodées d’or » ; l’une se marie et coiffe ses enfants avec un peigne d’or. Ce conte est d’autant plus intéressant que, comme dans le cas des récits basques, les lamin sont ici confondues avec Mari, tout au long du récit (le témoin y ajoute même le thème du jeûne obligatoire, etc.).. Du reste les frères les saluent d’entrée en les appelant « béres dames », jolies dames.

Dans Le hade et le hilayre, on est en présence du classique récit du « moi à moi-même » mais dans une version très simplifiée. En revanche, trait intéressant, le hade est une femme qui, dit Arnaudin, parle à la manière des petits enfants (ainsi elle demande de la guèche et non de la grèche).

J. Peyresblanques

Le docteur Peyresblanques a recueilli un grand nombre de légendes landaises. Dans certaines, le thème des lamin revient sous des formes identifiables.

Dans un récit des environs de Mont-de-Marsan, une jeune fille va à la fontaine, elle voit « une fée assise sur le banc des lavandières. Elle peignait ses longs cheveux soyeux avec un peigne d’or qui lançait des éclats à la lune ». La fée s’enfuit, perd son peigne. La jeune fille s’en empare, etc. (1977, p ; 193).

Dans un autre récit il est question de grotte des fées où « elles mettent le linge à sécher » (1977, p. 120). Dans un autre, la fée est associée à la source (1986, p. 165).

On retrouve bien entendu une variante du récit du lamin dupé (1973, p ; 153) que l’on peut trouver sous le nom de Médiche dans de très nombreux récits pyrénéens ; certains sont rapportés par les auteurs précédemment cités.

En conclusion ...

Que reste-t-il du monde gréco-latin dans ces cycle de récits ? Le Lamin en est-il issu ? Assurément, non ; pas plus que les Hadas. En dépit du fait que les lamin basques et méditerranéens ont un nom qui sonne de la même façon et qu’ils habillent l’un et l’autre quelque archétype commun, un rapprochement historique ne semble pas fondé. La ressemblance de leur nom paraît purement fortuite.