Et l'Océan - Illustration Claude LABAT - Association LAUBURU

ET L’OCEAN ?

N’est-il pas surprenant que la mythologie basque ignore peu ou prou l’océan ? En effet, très peu de légendes concernent le monde des marins et des pêcheurs ? Est-ce parce que les recherches de ethnologues ont été moins poussées sur le littoral ? Ou bien parce que le milieu maritime a été investi par les Basques bien après le milieu montagnard ? Pourtant, en Pays Basque comme dans d’autres civilisations, l’océan constituait un immense réservoir de rêves et se présentait comme un lieu magique puisque les Basques entretenaient avec lui une certaine familiarité lors de bains rituels sur la côte. Et d’ailleurs, cela est-il vraiment révolu ? Regardez… peut-être que les surfeurs sont justement en train d’écrire les pages manquantes de la mythologie basque ?

Euskal mitologiak itsasoa alde batera uztea harrigarria ote da ? Alabainan, kondaira biziki gutxik aipatzen dute marinelen eta arrantzaleen mundua. Zergatik ? Etnologoek itsasertzean ikerketa-lan gutxiago egin dutelako ? Ala Euskaldunek mendia itsasoa baino goizago ezagutu dutelako ? Alta, Euskal Herrian beste zibilizazioetan bezala, itsasoa sekulako amets-biltegi eta leku magiko izan zitekeen : Euskaldunek itsasoarekiko harreman hertsia mantendu dute bereziki errito-bainuak hartzerakoan kostaldean. Harreman hori desagertu ote da ? Ongi behatuz gero, erran daiteke euskal mitologiari falta zitzaizkion orrialdeak gaurko surf egileek idazten dituztela.

Les trois vagues

Tout à coup et sans que nous ayons pu voir d’où elle se produisait, s’éleva à deux brasses de nous une vague énorme, haute comme une montagne, blanche comme la neige.

Les trente avirons frappèrent l’eau à la fois, et la barque s’élança dans la vague.

Mais une autre vague s’éleva devant nous, plus grande que la première, claire et cristallisée : elle dégageait une vapeur qui brûlait les yeux.

La barque repartit, et l’endroit fatal était presque passé, quand nous vîmes, embrassant tout l’horizon, la terrible vague de sang venir à nous sous la forme d’un hideux croissant qui nous attirait dans son horrible étreinte avec une force irrésistible.

Bains de mer à Biarritz en 1609

« Ce mélange de grandes filles et jeunes pêcheurs qu’on voit à la cotte d’Anglet, en mandille et tout nus dessous, se peste-mêlant dans les ondes , fait que l’amour les tient à l’attache, les prends par le filet, les convie à pêcher en eau trouble et leur donne autant de désirs qu’elles ont de liberté et de commodité s’étant mouillées partout de s’aller sécher dans la chambre d’amour voisine que Vénus semble avoir plantée là tout exprès sur le bord de la mer ». Bernou, Recherche de la sorcellerie dans le pays de Labourd.

Les ports retranchés

Qui n’a vu un bateau entrer dans Pasajes ne peut comprendre l’extrême singularité de ce pays de rocs et d’embruns. (…)

Le fleuve s’élargit et les remorqueurs traînent doucement le navire entravé vers son lieu d’attache. Qui fut le premier homme à braver l’estuaire de Pasajes et à revenir dans la nostalgie dorée d’un crépuscule ? En souvenir de qui installa-t-il, à la proue d’un navire taillé à l’herminette, prodigieuse embarcation à peine sortie de la préhistoire, une effigie de femme que les siècles devaient recouvrir d’un blanc virginal ? Est-ce ainsi que Maris Stella, longtemps confondue avec Celle de Tous Les Espoirs, Celle vers qui on lève le regard, s’auréola de sa lumière d’étoile quand l’océan lance ses lames comme des ardoises ? Il faut alors s’en remettre à elle, déesse lointaine et figure d’espérance, effilés et régissants, ces démons couverts d’écume que lâche du plus profond de l’abysse le vieil océan. (Yves HARTE, Nations Basques, Autrement, 1994).