Quelques récits
En ce qui concerne le territoire de Xareta, plus d’une quinzaine de récits de Lamin ont
été consignés (en basque) par Etcheverry, à Sare ; Barandiaran en recueillit
également plusieurs au village. Une dizaine de récits ont été publiés par
Barbier à Saint Pée. On consultera également Azkue, Cerquand, Webster, Casenave-Harigile
(bibliographie dans le Dictionnaire de mythologie basque de Barandiaran).
En attendant, en voici quelques extraits
Dans des grottes de la région de Sare (Urio, Lezea) vivent des Lamin. Un récit
commence ainsi : « Goizeko argi alba batez, gizontto bat iragaiten zelarik,
Atxuri-mendiaren azpian aurkhitzen den leze zaharraren inguruan, ikhusten
du Lamina ilhe hori bat leze horren ahoan yarria, bere buruko ilhearen tretzekatzen
hari dela ».
Dans ce récit, l’homme rencontre une Lamin au débouché de la grotte de
Lezea ; il la salue brièvement, la Lamin se porte rapidement à sa hauteur
pour engager la conversation mais lui, il accélère le pas. Ils allaient
ainsi, l’un derrière l’autre, de plus en plus vite. Mais voila que les rayons
du soleil commencent poindre. La Lamin furieuse de ne pouvoir saisir l’homme,
lui dit : « Le soleil qui est sur le point de sortir, t’a sauvé ; si cela
n’avait pas été le cas tu aurais péri ». Elle s’enfuit dans son antre.
«Nous étions trois jeunes filles et nous sommes allées à Lezia. Nous avons pénétré dans la grotte avec nos chandelles. A l’intérieur il y avait une grande étendue d’eau. Quelqu’un nous cria: faites attention de ne pas y tomber dedans, car celui qui y tombe y demeure à jamais. Nous sommes alors retournées sur nos pas».
Dans le quartier Basaburu (Sare) : «au début du siècle [XXe siècle], on a entendu
un bruit terrible. C’était une nuit, du côté du Lamuxain [Lamin-onsin: l’étendue
d’eau de lamiñ, un ruisseau qui descend de Larrun]. Le lendemain les gens
sont allés voir, ils virent une jolie grotte dont l’entrée avait été obstruée
dans le temps.
Les eaux l’avaient ouverte cette nuit là».
Plusieurs personnes allèrent à Lezia, accompagnées d’un prêtre. Ils entendirent de grands mugissements (marrumak) qui provenaient de l’une des nombreuses cavités. Tous sortirent précipitamment.
Dans ce récit, les Lamin veulent se moquer des pouvoirs des prêtres (« nahi zutelakotz trufatu apezen bothereaz »). Ils dirent donc à un homme du coin d’aller chercher le curé de Sare, il fallait absolument qu’ils le voient. L’homme obéit avec réserve. Le curé se rend à la grotte mais, à sa vue, les pouvoirs des Lamin se dérobent et aucun n’osa se porter au devant de lui.
Les Lamin rencontrèrent le même homme et lui demandèrent ce qu’est devenu l’homme en noir qui était venu il y a peu de temps ? Ils lui donnèrent une ceinture de soie afin qu’il la lui porte et qu’il puisse l’utiliser jusqu’à l’user. L’homme obéit à nouveau et se conforma aux directives.
Le curé lui demanda alors s’il connaissait la longueur de cette ceinture. L’homme lui répondit que non. Le curé lui demanda de l’enrouler autour du châtaignier proche de la vieille grotte et qu’il compte le nombre de tours qu’il fera. Mais dès que l’homme finit d’enrouler la ceinture, au dernier tour, le châtaignier et la ceinture de soie s’enflammèrent et disparurent. L’homme demeura tout pensant, sans pouvoir voir ni entendre quoi que ce soit. (« gizona hantche gelditu baitzen deusik ezin ikhsiz eta ezin asmatuz gogoethan yarria »).
Le pouvoir des prêtres est supérieur au leur.
Voici une autre version plus nuancée. Un berger fut kidnappé par les lamiñ.dans une grotte du Mondarrain, au-dessus d’Itxassou et d’Espelette. Seul un prêtre put y pénétrer et en sortir. Il est vrai qu’il tenait un crucifix à la main droite et qu’il avait une hostie sur la poitrine. Mais il n’a pas pu délivrer le captif.
On disait qu’à l’entrée de Lezia vivait une jeune fille
qui ne sortait que la nuit. Elle se peignait près de l’entrée de sa demeure
où l’on pouvait parfois la voir.
On disait aussi que les Lami vivaient dans les grottes d’Urio et de Lezia.
Près de la grotte de l’Akelarre à Zugarramurdi il y a la maison Lekuberri. Dans la grotte une Lamin était sur le point d’accoucher. L’homme alla à Lekuberri chercher une sage-femme (emainaren bila) ; la femme de la maison y alla et fit son travail. La Lamin lui donna un attirail de fileuse en or mais il ne fallait pas qu’elle regarde derrière elle jusqu’à ce qu’elle ait franchi le seuil de sa maison (etxeatekoan gibelerat ez beatzeko). La femme s’en retourna. Alors qu’elle sentait comme de grands bruits derrière elle, elle ne regarda pas. Mais comme elle était curieuse, au moment de mettre le second pied chez elle, alors elle se retourna. La moitié des cadeaux lui fut enlevée.
Cette légende est également rapportée avec des nuances, dans le cadre de la grotte Lezia.
Les cloches des églises, les processions des Rogations, mais surtout la construction des oratoires de Sare furent la cause de l’actuelle disparition des Lamin.
Au pied de Larrun vivaient des Lamin qui embêtaient toutes les maisons du voisinage. Un soir, ils se rendirent dans l’une d’entre elles et regardèrent par la cheminée. Convaincues qu’à cette heure il ne pouvait y avoir que des femmes entrain de filer, quelques unes descendent et rencontrent la maîtresse des lieux. Sur son tabouret, elle filait. Croyant son mari au lit, elles l’ennuyèrent et lui jouèrent des tours pendables. Mais la patronne ne céda en rien à leurs demandes. Or les Lamin adorent la graisse, du reste elles lèchent les poêles.
Les Lamin se retirent dans leur antre et la femme raconte tout à son mari. Si bien que la soirée suivante il se déguisa en femme et fila, en ayant à portée de main une poêle ou la graisse crépitait. Une Lamin descendit de la cheminée, avec son naturel méchant, elle s’aperçut que la fileuse n’était pas la même que celle de la veille. Elle s’inquiéta. Comment se fait-il que tu files maintenant de façon grossière ? (« zer, atzo hi pirun-pirun hari hintzen, eta gaur pordoka-pordoka ? »). Qui es-tu lui demande-t-elle ? La fileuse de répondre : moi moi-même (« Eta nor haiz bada hi ? Ni, nihaur nere buru »). La Lamin lui réclame du beurre avec insistance. Mais la fileuse saisit la poêle et l’aspergea avec la graisse brûlante.
La Lamin grimpa dans la cheminée où se trouvaient ses compagnes. Ces dernières en tendant ses cris lui demandèrent ce qui se passait. Qui lui avait fait cela ? Elle répondit moi-même (Zer duk lagun ? Nork egin derauk ? nihaurk nere buruk ! ). Dès lors, puisque c’était elle qui s’était fait cela, elle n’avait qu’à s’en prendre à elle-même. Et, couverte de graisse brûlante, elle agonisa.
Une histoire comparable est rapportée par Azkue à Maya de Baztan, dans la maison Landaberro. Et puis on la retrouve à l’identique dans la vallée d’Aspe où le héros dit s’appeler « médiche » (moi-même) (Lamazou, 1988).Bien plus à l’est, en vallée de Saurat, on retrouve un récit comparable où le héros s’appelle « mi-mateisho », moi-même (Marliave, 1987).