SORGINAK
La mythologie basque possède quantités de génies secondaires. Certains sont bénéfiques comme les Patueks avec lesquels les hommes accomplissent des travaux extraordinaires. D’autres, à l’inverse, sont maléfiques tels Mamur, Marmaro, Galtxagorri et autres diables… Mari elle même a deux fils : Atarrabi et Mikelats : le premier est bon ; le second est mauvais. Sorgin désigne un sorcier ou une sorcière ; à l’origine il s’agit d’un être surnaturel exerçant des fonctions hors du commun et résidant dans des cavernes où il est souvent au service de Mari.
Mais en Pays Basque comme partout en Europe, Sorgin désigne aussi des personnes ensorcelées, généralement des femmes, pratiquant divers maléfices et se rendant de nuit à des assemblées présidées par le diable sous forme de bouc.
Euskal mitologiak bigarren mailako jeinu anitz dauzka. Hauetarik batzuk – adibidez Patuak - ongileak dira : hauen laguntzari esker gizakiek obra ikaragarriak burutzen dituzte. Beste batzuk aldiz, Mamur, Marmaro, Galtxagorri eta beste deabru batzuk bezalakoak, gaiztoak dira. Mari berak bi seme dauzka : Atarrabi eta Mikelats. Lehena ona da, bigarrena gaiztoa. Sorgina jatorriz naturaz gaindiko izaki bat da, ezohiko zereginak betetzen dituena eta harpeetan bizi dena. Gehienetan Mariren esanetara dago.
Baina Euskal Herrian Europa osoan bezala, Sorgin hitzak sorginduak diren pertsonak ere, emazteak bereziki izendatzen ditu. Emazte horiei sorginkeriak egitea leporatzen zaie aker itxurako deabruak zuzendu biltzarretara gauez joanez.
Les Mamur au travail :
A kortezubi, on me conta qu’un homme avait acheté les Mamur à des fins personnelles ; il déplia le mouchoir dans lequel il les tenait et il leur demanda de faire tel travail. Ils le firent. Il leur demanda de faire un autre travail : ils le firent également. Quand ils revinrent après avoir effectué le troisième travail, ils lui demandèrent « que ferons-nous ? », l’homme leur ordonna de porter de l’eau dans un crible. Les Mamursne purent réaliser ce travail, ils partirent.
Scène de sabbat :
Un homme de Sainte-Engrâce s’en alla un soir chez sa fiancée. Il emportait une paire de jolis sabot qu’il lui destinait et son alêne pour mettre des brides aux sabots. La belle était absente, il attacha les brides, et en attendant son retour, se coucha sur le zuzulu, sommeillant à demi.
Bientôt après, il la vit entrer avec précaution, le considérer quelques temps avec soin, soulever la dalle de l’âtre, y prendre certain onguent dans un vase et s’en oindre le corps. Cette opération faite, elle s’enlève par la cheminée et disparaît.
L’homme, bien étonné, se lève, prend le baume et s’en oint le corps comme il avait vu faire à sa fiancée. Il s’enlève aussitôt par la cheminée et au même moment, à sa grande surprise, se trouve au centre d’une vaste et splendide salle. Là tenaient leur sabbat les sorciers et tous dansaient. En passant devant le président du sabbat, ils se courbaient jusqu’à terre et baisaient la plante de leurs pieds.
L’homme voyant son tour arrivé, tire son alène de sa poche et l’enfonce dans la plante du pied du président. Le président pousse un cri effroyable et au même instant tous les sorciers disparurent. L’homme de St Engrâce, resté seul, se garda bien de bouger jusqu’à ce que le jour soit venu. Alors il s’aperçut qu’il était dans un endroit désert, au milieu de rochers éboulés où poussaient de grandes ronces emmêlées.
Il sortit comme il put, et mit huit jours à regagner sa maison. Il ne retourna chez sa fiancée.
Les sorcières
« Les sorcières que l’on brûla (plus de 50 en 1609) étaient pour l’essentiel des maîtresses femmes. Des femmes au foyer certes. Mais quel foyer ! Celui de l’etxe. Que faisaient-elles ? En toute innocence, elles admettaient la cohabitation de génies néolithiques et le culte marial. Attirer sur leur maison, le plus souvent privée d’hommes au pluriel, l’attention de la Vierge Marie, de Dieu et de tous les Saints, fussent ces derniers confondus avec les elfes voisins, ne leur paraissait pas sacrilège. Ni de rejoindre à des dates peu catholiques, au bord d’une fontaine sacrée ou une clairière étrange, des fêtes connues depuis les temps d’avant les romains. » (Yves HARTE, Nations Basques, Autrement, 1994)